6:55 - October 15, 2019
Code de l'info: 3470847
Une maman portant le foulard accompagnatrice d’une sortie scolaire dans l’enceinte des locaux de la région Bourgogne-Franche-Comté (nord-est) a été violemment prise à partie vendredi par des élus du Rassemblement National qui exigeaient qu’elle retire son foulard.
Cette femme accompagne son fils lors d’une sortie scolaire pour visiter plusieurs lieux qui s’inscrivent dans un projet citoyen " Ma République et moi ". Elle assiste, alors, à une assemblée plénière dans un hémicycle, symbole de la démocratie et du débat parlementaire.
 
Des enfants, des enseignant.e.s et des parents sont venus pour écouter ceux et celles qui sont censé.e.s les représenter, les gouverner en débattant et en décidant des mesures pour le pays. Cela devait être une belle leçon de démocratie. Sauf que la scène tourne au cauchemar par la prise de parole d’un parlementaire du Rassemblement National (anciennement Front National) qui commence la séance en exigeant que cette maman retire immédiatement son foulard pour assister au Conseil régional. Il invoque la laïcité, la réglementation d’ordre intérieur, et même des arguments géopolitiques… Sauf que ni la laïcité, ni le règlement d’ordre intérieur ne stipulent cette interdiction de porter le foulard dans cette enceinte du Conseil Régional. De plus le Conseil d’État avait bien mis en évidence que les exigences de neutralité religieuse n’avaient pas à s’appliquer aux parents volontaires pour être accompagnateur scolaire. Le règlement mentionne cependant l’exclusion pour des raisons d’ordre public. Ce qui, ici, aurait donc consisté à expulser le parlementaire en question, à l’origine de cette bérézina, plutôt que de vouloir mettre dehors cette maman.
 
Une vidéo qui devient virale
 
La vidéo de cette triste scène, devenue virale, est particulièrement violente. Entre les hurlements de certains politiques et l’incompréhension des élèves et des encadrants, il y a cette maman et cet enfant. Il suffit de se mettre quelques minutes à leur place et essayer de ressentir cet instant où l’on vous rejette, on vous exclue, on vous humilie parce que vous êtes différent. Ces moments font échos aux souvenirs les plus sombres de notre histoire où certaines pancartes indiquaient le refus d’entrée pour les chiens, les Juifs, les Noirs ou les Italiens. Scandaleux, non ? Pourtant, c’est en France, en octobre 2019, que cela s’est passé.
 
Contexte tendu en France où l’on convoque "l’hydre islamiste"
 
Dans un contexte où le Président français Emmanuel Macron appelle " la nation tout entière " à la vigilance face à l’" hydre islamiste " et à repérer tout signe de radicalisation, suite à la tragédie de la Préfecture de Paris. Le souci est que ce discours porte des soupçons sur tout.e musulman.e. Lorsque le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, cite et précise que parmi ces signes de la radicalisation figurent le fait de porter la barbe, de jeûner souvent ou d’effectuer régulièrement les prières, c’est problématique. Ces discours ne viennent pas de marginaux de l’extrême droite mais des responsables politiques qui se trouvent à la tête de l’État et qui contribuent à éveiller les suspicions des citoyen.ne.s envers leur entourage de confession ou de culture musulmane. Ils ont une lourde responsabilité dans le climat délétère ambiant, envers les musulman.e.s.
 
En Belgique ? On n’est malheureusement pas épargné
 
Nombreux analystes politologiques ont mis en évidence que les discours et les tweets en particulier de membres du gouvernement fédéral à l’encontre des migrant.e.s, des musulman.e.s et de toute personne différente du mainstream blanc a permis de fournir le terreau nécessaire pour expliquer la montée retentissante de l’extrême droite en Flandre. Ils ont également une lourde part de responsabilité.
 
Et puis il y a cette dame, emplie de sérénité et de calme, cette maman qui console son fils en larmes. Cette image devenue symbole de la dignité de ces femmes discriminées a fait le tour de la toile. Cette photo a ému plus d’un.e musulman.e ou non d’ailleurs. 
 
Ce cliché d’un instant volé est l’image de l’expérience du vécu de nombreuses personnes confrontées au rejet et à la discrimination. Certain.e.s pouvaient voir leur propre mère ou leur propre histoire. Combien de femmes et d’hommes n’ont-elles/ils pas fait l’objet de ces humiliations, de ces rabrouements qui vous font dire que vous n’êtes pas à votre place ? Combien sont ceux et celles qu’on a rejeté pour une apparence, une couleur, une origine, une orientation sexuelle ou une apparence différente ? Ceux et celles à qui on a refusé un boulot, un logement, une place en crèche ou à l’école ? Tous les jours, nous entendons ces récits de vie qui témoignent de la persistance du rejet de l’autre dans nos sociétés. Ce sentiment d’injustice traverse les générations crée de la colère et de la frustration et devient parfois même pour certain.e.s une fatalité. 
 
Quels moyens pour lutter contre ces discriminations
 
Pourtant les moyens existent pour refuser cet état de fait. Au-delà du cadre législatif qui permet de recourir à la loi, les solutions extra-judiciaires sont nombreuses. Par exemple, il est possible de signaler ces discriminations auprès de différentes instances compétentes en fonction de l’objet de la plainte ; d’en parler pour ne pas laisser passer ces agressions, etc. Dans tous les cas, il y a un enjeu clair de verbalisation et de visibilisation des discriminations vécues par toute une série de personnes qui sont, aujourd’hui invisibilisées dans les statistiques ou les rapports officiels. Ces derniers étant principalement basés sur les signalements, faisant fi de ceux et celles qui vivent la discrimination sans avoir le réflexe de les signaler en toquant à la porte des institutions compétentes. Et souvent, ce sont les groupes les plus vulnérabilisés qui sont sous le radar de la lutte contre ces discriminations.  
 
A tou.te.s ceux et celles qui amalgament dans leur discours - au nom de cette belle idée qu’est la laïcité -, foulard et islamisme politique ; à tou.te.s ceux et celles qui excluent au lieu d’inclure ces femmes qui ne demandent qu’à contribuer et participer à la vie active de leur société, il est temps de prendre vos responsabilités pour relever le pari de la cohésion sociale et de la confiance réciproque. Il est temps de bâtir une société où chacun.e trouve sa place en tant qu’acteur.rice, et qui serait respecté.e au-delà de ces différences. Il y a urgence.
 
Pour que plus jamais une maman ne doive essuyer les larmes de son enfant et rassurer son cœur innocent. 
 
Une opinion de Fatima Zibouh
 
Doctorante en sciences politiques et sociales
 
RTBF
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